Québec (province). Scandales. Affaire Coffin. Omerta policière (Police provinciale du Québec-SQ)

Un article de la Mémoire du Québec (2012).

  • Éphémérides -


1953
(5 juin 1953) Eugene Lindsey, 45 ans, un mécanicien et usurier d'Altoona (Pennsylvania, USA), vient faire une partie de chasse à l'Ours en Gaspésie accompagné de son fils, Richard Lindsay, 17 ans, et d'un ami de son fils, Frederick Claar, 19 ans ; le trio voyage dans un camion Ford de couleur verte.
(10 juin 1953) Wilbert Coffin, un prospecteur minier de Gaspé, rencontre les chasseurs alors qu'il faisait de la prospection minière dans la forêt ; leur camion étant en panne, Coffin amène Richard Lindsay à Gaspé pour y acheter une pompe à essence ; Richard Lindsay lui donne 40 $ US pour le remercier de ce service et Coffin promet de revenir les voir le 12 juillet suivant.
(12 juillet 1953) Wilbert Coffin, s'arrête à côté du camion de Lindsay, mais n'y voit personne ; il s'empare alors d'une valise remplie de linge, d'une paire de lunettes d'approche et de la pompe à essence neuve.
(15 juillet 1953) Le trio n'ayant pas donné signe de vie, une recherche est effectuée dans les bois situés entre Gaspé et Murdochville ; le véhicule vidé de son contenu et une partie du cadavre d'Eugène Lindsay sont trouvés.
(23 juillet 1953) Les restes de Richard Lindsay (coupé en trois) et de Frederick Claar (partiellement dévoré par des ours) sont trouvés à environ 4 km de ceux d'Eugène Lyndsay ; les trois cadavres avaient été dévorés par les ours et la carcasse d'Eugene Lindsay portait des traces de balles.
Le capitaine Alphonse Matte et le capitaine Raoul Sirois de la Police provinciale arrivent à Gaspé.
(27 juillet 1953) Début de l'enquête du médecin coroner, Rioux. Wilbert Coffin, la dernière personne connue à avoir vu les chasseurs vivants donne sa version des faits en omettant de dire qu'il s'était accaparé de certains biens appartenant aux victimes.
(Début d'août 1953) Après avoir détenu Marion Petrie, la conjointe de fait de Wilbert Coffin, pendant plus de 18 heures, la police trouve la valise et son contenu dans le logement de cette dernière à Montréal.
(10 août 1953) Arrêté par a police provinciale Wilbert Coffin est enfermé dans la cave du poste de pompiers et est soumis à un interrogatoire serré des capitaines Matte, Raoul Sirois et du sergent Jean-Charles Van Houtte pendant 16 jours.
(27 août 1953) Le coroner Rioux reprend son enquête, mais cette fois, le procureur général et premier ministre de la province de Québec, Maurice Le Noblet Duplessis, y a délégué son bras droit, Noël Dorion ; le même jour Wilbert Coffin rencontre son père et lui déclare «Don't worry, they are not men enough to break me» cette conversation était écoutée par la police.
( 28 août 1953 ) À la fin de l'enquête à Percé, le jury du coroner formé de six hommes conclut que Frederick Claar et Richard Lindsay avait été assassinés par une personne inconnue et qu'Eugene Lindsay était décédé de causes inconnues ; Noël Dorion aurait alors ordonné au jury de citer Coffin à procès, sinon il le ferait lui-même ; c'est ainsi que le jury aurait déclaré Coffin criminellement responsable des décès de Frederick Claar et de Richard Lindsay et l'aurait envoyé à son procès.
1954
(12 juillet) Ouverture du procès de Wilbert Coffin à Percé ; la Couronne, représentée par Paul Miquelon, y fera témoigner 88 personnes qui affirment que Coffin avait dépensé beaucoup d'argent américain ; la Couronne ne produit aucune arme du crime, ni aucun lien entre le meurtre et Coffin, mais déposa comme une confession la déclaration faite à son père par Coffin le 27 août 1953. L'avocat de Coffin, Raymond Maher, ne présenta aucun témoin et refusa de faire témoigner Coffin ; la narration des faits par ce dernier devant le coroner le 27 juillet 1953, avait été acheminée à la police provinciale qui semblait l'avoir perdue.
(6 août) Après n'avoir délibéré que 30 minutes, le jury déclare l'accusé coupable du meurtre de Richard Lindsay et le juge Gérard Lacroix le condamne à être pendu.
1955
(19 juillet) La Cour du banc de la reine du Québec rejette l'appel des avocats de Coffin.
(6 septembre) Coffin s'évade de la prison de Bordeaux à l'aide d'un simili revolver sculpté dans du savon et se réfugie chez son avocat, Me Raymond Maher qui le convainc de se rendre è la police.
1956
(10 février, 0 h 01) La Cour suprême du Canada ayant refusé d'entendre l'appel du jugement de la Cour d'appel, Wilbert Coffin est pendu à la prison de Bordeaux (Montréal).
(27 février 1956) Mort subite (suicide ???) de William Baker, ami de coffin et témoin important au procès de ce dernier.
1958
Publication d'une série d'articles de journaux et du livre de Jacques Hébert Coffin était innocent par Jacques Hébert.
1963
Publication du livre de Jacques Hébert J'accuse les assassins de Coffin.
1964
(Janvier) Le Gouvernement de Jean Lesage confie à une commission d'enquête le mandat d'examiner et de faire la lumière sur le processus ayant conduit à l'exécution de Wilbert Coffin ; le juge Roger Brossard de la Cour supérieure du Québec est chargé de présider cette enquête, et Me Jules Deschênes en est nommé procureur. La commission donne mandat au capitaine Jean-Charles Van Houtte de la police provinciale de réviser l'enquête policière ; le même Charles Van Houtte qui avait participé à l'enquête originale. Au cours de son enquête la commission tient 144 séances, elle entend 214 témoins, dont Jacques Hébert et les 12 membres du jury, et reçoit 436 pièces. À la fin de son enquête, la commission conclut que «l'ensemble de la preuve soumise à cette commission tend à confirmer - et non à contredire - le verdict du jury de Percé et les décisions de nos tribunaux à l'effet que Coffin n'était pas innocent du meurtre dont il était accusé. Le procès de Coffin n'a pas été une injustice. L'Affaire Coffin en a été une.» Elle ajoutait que le processus policier ayant mené à la condamnation de Coffin n'avait pas été entaché d'irrégularités et que les propos de Jacques Hébert étaient sans fondement ; accusé de diffamation, Jacques Hébert est condamné à un mois de prison et à une amende de 3 000 $ pour outrage au tribunal ; représenté par Pierre Elliott Trudeau, Hébert est emprisonné pendant 3 jours et la Cour d'appel l'acquittera plus tard.
2006
Septembre) Le groupe de révision des condamnations criminelles du ministère fédéral de la Justice est chargé de réexaminer le dossier de Wilbert Coffin.
(18 novembre) Le quotidien The Gazette révèle que les enfants de Philippe Cabot affirment que leur frère, Jean-Gabriel Cabot a avoué en octobre 1991 avoir vu leur père assassiner les trois Américains ; Philippe Cabot, qui demeurait à Barachois (Percé) à l'époque des meurtres, est décédé en novembre 1998 à Ottawa. Jean-Gabriel Cabot qui avait 8 ans à l'époque des meurtres, est décédé le 1er
mai 2006 à Pointe-aux-Anglais.
2007
(Octobre) Me Clément Fortin, qui a relu tous les témoignages au procès de Percé et tous les jugements s'y rapportant, tous les témoignage devant elle et les conclusions de la Commission Brossard, publie un docu-roman sous le titre L'Affaire Coffin : une supercherie dans lequel il tire la conclusion que Coffin a subi un procès juste et équitable et qu'il serait arrivé, comme le jury de Percé, à trouver Coffin coupable du meurtre qu'on l'accusait d'avoir commis ; cependant, un doute sérieux sur le procès lui-même subsiste puisqu'on a refusé à Me Fortin l'accès au dossier de la police en invoquant ce qui suit : 'Malheureusement nous ne pouvons vous permettre de consulter le dossier portant le numéro 299-530611-001 en application des articles 28 par. (3), 53 et 54 de la Loi sur l'accès à l'information. En effet, les renseignements contenus à ce rapport d'enquête policière ne peuvent vous être communiqués parce qu'ils risqueraient de révéler une méthode d'enquête, une source confidentielle d'information, un programme ou un plan d'action destiné à prévenir, détecter ou réprimer le crime ou les infractions aux lois. De plus, des extraits sont constitués de renseignements nominatifs et confidentiels.'
N.B. Me Clément Fortin, qui a été professeur à l'Université de Sherbrooke et directeur de l'École du Barreau et de la Formation permanente des avocats du Québec, conteste les propos de Jacques Hébert

  • Bibliographie -


Coffin était innocent (Jacques Hébert, 1956)
J'accuse les assassins de Coffin (Jacques Hébert, 1963)
L'Échafaud : J'ai vu les dernières pendaisons à la prison de Bordeaux (Roger Duguay, 1979)
To Build a Noose (Alton Price, 1996)
L'Affaire Coffin : une supercherie (Clément Fortin, Wilson et Lafleur, 2007)

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