Rivard (Lucien)

Un article de la Mémoire du Québec.

  • Né en 1915. Criminel (trafiquant de drogues, trafiquants d'armes) et propriétaire de cabarets et de tripots à Montréal et à Cuba. Commence sa carrière de truand en faisant des vols et pratiquant la contrebande de d'appareils ménagers en provenance des USA, puis des trafiquants corses l'incitent à vendre de l'héroïne de grande qualité sur le marché nord-américain ; ce qu'il fait jusqu'en 1956 alors que la mafia montréalaise le contraint à s'exiler à Cuba. Condamné en 1960 à être fusillé par le régime de Fidel Castro pour collaboration avec le régime de Fulgentio Batista, il est plutôt expulsé de Cuba et revient à Montréal où il achète la Plage Idéale qui lui servira de paravent pour la reprise de son trafic d'héroïne en remplacement de Giuseppe Cotroni appréhendé l'année précédente. Inculpé par un Grand Jury du Texas, USA, de trafic international de drogues le 17 janvier 1964, il est arrêté le 19 juin suivant à la requête du procureur général des USA qui demande son extradition vers le Texas ; ne voulant pas être extradé, Rivard veut obtenir d'être libéré sous cautionnement ; pour y arriver, il faut convaincre Me Pierre Lamontagne, le jeune procureur canadien du gouvernement étatsunien, de ne pas s'opposer à sa demande de libération sous caution ; les représentants de Rivard s'adressent à Guy Rouleau, député de Dollard à la Chambre des communes-CdesC et adjoint parlementaire du premier ministre Lester B. Pearson, et au parti libéral du Canada qui délègue Me Raymond Denis comme intermédiaire auprès de Me Lamontagne ; Me Denis, est un adjoint du ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration du Canada, Guy Favreau ; en juillet 1964, une offre de 20 000 $ est faite à Me Lamontagne qui la refuse et en informe la Gendarmerie royale du Canada ; le 17 septembre 1964, Rocky Brunette, un truand qui aurait été chargé par Lucien Rivard de remettre 20 000 $ à Me Pierre Lamontagne pour qu'il renonce à l'extradition de Rivard vers les USA, est abattu parce qu'il n'a pas remis l'argent comme il le devait ; le 25 septembre 1964, le juge Claude Prévost ordonne l'extradition vers le Texas de Lucien Rivard, Raymond Jones, Julien Gagnon, et Charles-Émile Groleau ; leurs avocats s'adressent à la Cour d'appel ; le scandale politique éclate à la Chambre des communes-CdesC le 23 novembre suivant ; T.C. Douglas, chef du Nouveau parti démocratique - NPD, accuse Raymond Denis et Guy Lord, ex-adjoints du ministre, Guy Favreau, d'avoir entravé la Justice en offrant un pot-de-vin à Me Pierre Lamontagne pour qu'il ne s'oppose pas à la demande de libération sous caution de Lucien Rivard et de ses complices ; le 25 novembre 1964, le gouvernement du Canada annonce la création d'une commission royale présidée par le juge Frédéric Dorion pour faire enquête «sur les allégations relatives à des incitations irrégulières et à des pressions abusives auxquelles on aurait eu recours en vue d'influencer l'avocat qui s'occupe de la requête en extradition de Lucien Rivard». Le 28 février 1965, à Montréal, Réjean Lavoie, un fier-à-bras, est abattu ; en mars 1964, il avait dirigé un groupe qui avait administré une raclée au caïd Lucien Rivard qui venait d'être arrêté à Chomedey (Laval) ; le 2 mars 1965, pendant que se joue le drame politique, Lucien Rivard, détenu à Bordeaux en attendant la fin des procédures d'extradition, se serait évadé à l'aide d'un boyau d'arrosage de patinoire et d'un faux pistolet (les clés de la prison auraient été trouvées sous le siège d'une auto abandonnée dans le stationnement d'un cabaret du boulevard Saint-Laurent ; cette découverte permet à certains de douter de l'histoire de l'arrosage de la patinoire alors qu'il faisait 4 degrés celtius) ; Rivard est recapturé le 16 juillet 1965 dans un chalet de Woodlands, près de Châteauguay alors qu'il s'apprêtait à se baigner dans le lac Saint-Louis ; le procureur général du Canada abandonne les poursuites entreprises contre Rivard afin de précipiter son extradition vers les USA le 21 juillet 1965 ; trouvé coupable le 21 septembre, Rivard est condamné le 12 novembre 1965 à 20 ans de prison et à 20 000 $ d'amende ; il revient au Canada en 1975 après avoir purgé 9 ans de sa peine dans la prison de Lewisburg, Pensilvanie, USA ; il n'a jamais été poursuivi pour son évasion de la prison de Bordeaux. Le 15 décembre 1967, Me Raymond Denis est condamné à 2 ans de prison. Décédé le 3 février 2002 à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal.


  • Bibliographie -

La Filière canadienne (Jean-Pierre Charbonneau, les Éditions de l'Homme, 1975),
L'Affaire Rivard (Maurice Philipps, Éditions Portelance, 2000).

Filmographie -
Le Piège américain - The The American Trap (réalisation de Charles Binamé d'après un scénario de Fabienne Larouche et Michel Trudeau, 2008).

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